Signez la pétition

Article du Dauphiné Libéré du 8 juin 2015

SÉCURITÉ | Les riverains de la plus célèbre place de Grenoble ne sont pas les seuls à manifester.
Place Grenette : la pétition des commerçants
On a déjà parlé de la situation place Grenette, on a déjà recueilli les témoignages de ces riverains décrivant « un quartier que les marginaux avec chiens viennent squatter par vingtaine, pour se défoncer jour et nuit » racontant leurs « craintes quand il faut sortir », leurs « nuits entrecoupées de hurlements et d’aboiements » et leurs portes souvent souillées …
Aujourd’hui, c’est le tour des commerçants – qui n’ont pas tous voulu poser sur la photo – de parler. Et de dire qu’ils sont à bout. « Tous les jours, les clients nous demandent quand la situation va enfin changer, si quelqu’un va se décider à faire quelque chose ? » explique le responsable de Darmand qui cite, comme les autres, un chiffre d’affaires à la baisse : « Ce n’est pas une question de crise, car le panier moyen n’a pas bougé. C’est une question de fréquentation. »
Les chiffres en baisse à cause d’une moindre fréquentation
Ses collègues ont fait le même constat : « Les gens ne passent plus le barrage de la place Grenette, et certains nous disent qu’ils préfèrent se rabattre dans les centres commerciaux en périphérie. Les gens désertent le centre-ville, or s’il est encore vivant c’est grâce à nous les commerçants. »
Le responsable de l’agence immobilière de la rue Montorge poursuit : « J’ai deux enfants en bas âge, et je peux vous dire qu’ils ne connaissent le jardin de ville qu’à travers la fenêtre de l’agence. Je ne veux pas qu’ils y aillent. »
La propriétaire du Chardon Doré raconte aussi certains désagréments : « J’ai une terrasse sur le jardin, et cela fait trois fois que je la nettoie complètement au karcher pour la nettoyer et enlever les odeurs d’urine. »
Le gérant du Leader Price explique alors son quotidien : « Je vends énormément de bières fortes et bon marché à ces personnes en errance. L’autre jour, j’ai compté : j’ai écoulé 500 grosses cannettes en deux jours. Car oui, je ne peux pas refuser la vente. Certaines de ces personnes sont sympas, on peut discuter avec elles. D’autres, en revanche, sont plus agressives. J’ai été obligé d’en faire sortir quelques-unes car elles faisaient la manche à l’intérieur de l’établissement et les clients avaient peur. »
Le patron de la mercerie « Le Minou » cite, lui, toutes ses clientes, un peu âgées, qui n’osent plus venir. Il dit avoir interpellé le maire sur « tous les commerces qui ferment peu à peu aux alentours, mais aussi sur les rues sales et dégradées » mais ajoute qu’il n’est « pas sûr d’avoir été entendu ».
L’assemblée entière s’interroge ensuite : « Est-ce que le maire est conscient que c’est la première image qu’on a de Grenoble, en arrivant en ville ? Est-ce qu’il sait que c’est aussi un mauvais exemple donné à la jeunesse grenobloise ? Nous, on est partants pour l’aider à faire pression sur l’Etat pour que ça bouge. On est prêts à collaborer pour trouver des moyens d’occuper l’espace public avec des activités. On dit aussi qu’on ne veut pas stigmatiser ceux qui squattent la place, car il s’agit souvent de personnes en souffrance. Mais ça sert à quoi de les laisser là, sinon à provoquer de nouvelles arrivées, de nouvelles consommations d’alcool et de drogue ? Il faut faire quelque chose sinon c’est le centre de Grenoble qui va s’éteindre. »
C’est le sens de la pétition que les commerçants ont déposée dans toutes les boutiques et qu’ils vont bientôt mettre en ligne. Ils ont déjà plus de 600 signatures et des tampons de nombreuses boutiques grenobloises.


Eve Moulinier, Le Dauphiné Libéré, le lundi 08 juin 2015.